Shopping et tremblements

Je me réveille tôt, en nage, vers six heures du matin, mais n’émerge que tard, à la ramasse. Petit-déjeuner, café, clope: ma tremblante du mouton ne s’arrange vraiment pas de jour en jour. Est-ce un effet secondaire du lithium, introduit dans mon traitement il y seulement quelques semaines? Ou une réaction biologique due à l’augmentation de mon activité physique et cérébrale? Ou bien encore la propagation somatique d’angoisses d’arrière-plan? Quoiqu’il en soit, j’arrive ensuite à aller marchouiller deux petites heures, sans avoir trop à la jouer Full Metal Jacket comme la veille — j’essaye plutôt de penser à des films comme La Ligne Rouge ou Le Nouveau Monde de Terrence Malick, en regardant les hauts arbres et la forte lumière du soleil qui se propage à travers la canopée. Je me répète que tout va quand même mieux que les semaines précédentes et repense avec satisfaction au fait que j’ai réussi à lire un chapitre d’Un An Après d’Anne Wiazemski.

L’après-midi, c’est mega-challenge. Mon papa me prête sa voiture pour que j’aille faire du shopping! Cela doit bien faire un an et demi que je ne me suis acheté aucune sape, tous mes tee-shirts sont déchirés ou affichent des constellations de trous de boulette. Il me faut surtout de nouvelles chaussures et ça, c’est un objectif violent. Je me rends dans un grand centre commercial en choisissant de m’accompagner d’une bonne merde bien burnée et conçue pour autoradio — Origin of Symetry de Muse. C’est assez chouette de conduire une bagnole, quand même. Une fois dans le centre commercial, les choses se compliquent; mais qu’est-ce c’est que toutes ces boutiques et tous ses produits? Perturbant retour au monde. Puis panique totale: les magasins de chaussures que je pensais retrouver ont fermé ou n’existe peut-être tout simplement pas. Chez Zara, je fais plusieurs petites crises d’angoisses: il n’y a pratiquement pas de tee-shirts avec col en V, et je suis tellement empoté que je fais tomber les quelques modèles que je traîne vers les cabines d’essayage; finalement j’achète un nouveau portefeuille et vacille en soufflant dans la longue file d’attente — après quoi je me retrouve sans trop savoir pourquoi à errer dans l’immense Carrefour à la recherche de?… Je manque d’énergie et passe au MacDo m’acheter un « petit bio à boire »: un euro soixante-dix pour une bouteille de 10 ml, fuck.

Je suis quand même un peu énervé et déprimé: j’ai économisé pour me repayer des pompes et si je rentre sans rien, je ne vais pas aller bien du tout. Je décide de me rendre dans un autre centre commercial, à une vingtaine de kilomètres. Rouler en musique me fait plutôt du bien. Mais une fois sur place, je me rends compte que j’ai placé la barre très, très haut: ce mall-ci est bien quatre ou cinq fois plus grand que le premier, sur trois niveaux, avec un entrelacement d’allées invraisemblable. Je repère assez directement chez Bocage un modèle qui me plaît beaucoup mais me dis que je devrais peut-être aller voir d’autres magasins pour comparer. Mauvaise idée: cela me prends un temps fou, je ne trouve rien, me perds à n’en plus finir et termine attablé devant un Coca-Cola dans un estaminet vendant des frites mélangées à de la viande hâchée. Comme j’ai pratiquement éliminé le sucre de mon alimentation depuis des mois, je fais direct un bad trip. Il me faut ensuite bien un quart d’heure pour retrouver Bocage mais victoire! Le modèle que j’avais repéré est en solde et il me va parfaitement. Check. Il est temps de rentrer.

Je m’écroule un peu beaucoup sur le trajet du retour. Les ruminations reviennent, je repense à mes phases hautes, maniaques, à comment j’ai pu perdre le contrôle et péter les plombs à un degré inimaginable, à tout ce que j’ai pu y laisser de plumes, au temps perdu que cela représente, aux chaînes de mails délirants, incompréhensibles sinon insultants que j’ai envoyées à la moitié de la planète, à la façon que j’avais de suspecter tout un chacun, y compris ma famille et mes amis, de conspirations cyber-terroristes contre moi. J’ai beau mettre dans l’autoradio Fishbach très fort, écouter trois fois de suite « Y Crois-tu? » en me disant que c’est la meilleure chanson de variété française de tous les temps, le disque me rappelle ensuite trop de bons moments enfuis ou manqués. Je regarde les horizons monotones de la banlieue, le ciel gris et lourd, repense mornément à mes anciennes vies et leurs régions, à l’amour perdu. J’accélère sur une départementale au mileu des bois, monte le son, chante pour ne pas penser mais, quand survient « Mortel », je fonds en larmes. Plus tard, en arrivant chez moi, une violente diarrhée me prend et je me chie presque dessus dans l’ascenseur. Glam-glam. 

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