Fishbach ou l’addiction ultime (complément; inclus « Mes nuits sans Fishbach »)

C’est Stan, mon ancien colocataire, qui, il y a une dizaine de jours, m’a appelé pour m’encourager à écrire « Fishbach ou l’addiction ultime »: « j’ai lu ton blog. Cela n’a pas dû être facile d’écrire le post « Porque te vas ». Je ne connaissais pas bien ces aspects-là de ta vie d’ailleurs… » Je repense au temps déjà lointain de notre colocation: je devais tellement lui sembler comme une autre personne. Je sais que, comme beaucoup de gens, même s’il a conscience que j’en bave en dépression, Stan considère que je vais mieux, que je suis redevenu « normal », si ce mot a un sens dans le contexte de ma bipolarité. Il a ajouté: « Laisse-moi te dire autre chose. Cela va bientôt faire un mois que j’ai écrit cet article où je décris la fishbachomania dans laquelle tu vivais à l’époque. D’ailleurs, je suis content de voir que tu es désormais beaucoup moins susceptible, tu n’as rien enlevé des passages où je la ridiculise. Mais tu ne vas quand même pas laisser mon seul point de vue externe? Il faut que tu te décides à écrire une analyse personnelle de ta passion délirante pour Fishbach. Et puis, thérapeutiquement, il faut sans doute tu en passes par là? Je ne sais pas… Peut-être pour lui redonner l’image virginale que tu avais d’elle au début?… » Il avait raison. Écrire « Fishbach ou l’addiction ultime » m’a apporté quelque chose; passer un coup de balai, même grossier, sur tous les délires dans lesquels j’avais pu partir était nécessaire; réévoquer la période des « beaux jours », des débuts, en 2017, m’a parallèlement provoqué du plaisir, presque un effet antidépresseur. J’ai reçu un SMS de la part de Stan après avoir publié l’article: « Congratulations. Well done. »

Le weekend dernier, Stan m’invite à passer le voir dans sa banlieue. Cinq stations de RER avec un changement, ça va, je peux le faire. Lorsque je sors de la gare, je le repère, lui et son style inimitable, baskets Vans, pantalon de jogging et veste légère en sky, lunettes de soleil noires; il se tient à l’extérieur d’une Audi anthracite. Il ouvre la porte arrière: « je ne te demande pas comment tu vas, ça ne me semble pas nécessaire. Je te présente Capucine, ma copine. » Une jolie rousse d’environ trente-cinq ans dans une simple robe grise, lunettes noires identiques à celles de son mec, est assise à l’avant, sur le siège passager, et consulte son smartphone. En me voyant m’asseoir, elle se retourne: « salut. Stan m’a beaucoup parlé de vous. » Je ne sais pas comment je dois interpréter ça. « Oh! Vous n’allez quand même pas vous vouvoyer tous les deux, non? » s’empresse d’ajouter Stan. Capucine sort de son sac à main un paquet de feuilles agraffées entre elles et me dit en souriant: « regarde, il a même imprimé ton article, y a mis des annotations et me l’a fait lire. » Je suis impressionné par comment Stan reste marqué par cette passion débordante que j’avais à l’époque et comment aujourd’hui, avec le recul, il semble développer une profonde fascination pour le sujet. J’ai comme le sentiment que je vais passer une sorte d’examen. Bipolaire avec une étiquette « Fishbach » sur le front, est-ce ce à quoi les gens me réduisent? Mais cette Capucine me semble sympathique, sincère, ouverte. Elle me regarde en enlevant ses lunettes de soleil et me dit: « ne t’en fais pas. J’ai une sœur qui est bipolaire, je sais ce que c’est. Moi-même, j’ai eu une longue période où j’étais complètement borderline. Le cerveau est un organe comme un autre, on peut en devenir malade. Mais je suis très bien placée pour savoir certainement comme toi que les maladies mentales font peur… » Stan démarre la voiture et ajoute: « tout va bien, on est entre psychos, mec. Allez, on sa se trouver une terrasse et boire une bière. »

Nous restons silencieux jusqu’à sortir de l’enceinte de la gare de RER. Capucine émet alors un gloussement. Sur le smartphone qu’elle tient entre ses mains et qui est connecté à l’autoradio, j’aperçois une fenêtre YouTube; elle appuie sur une touche: les premières mesures de la chanson « Mortel » de Fishbach cognent dans l’habitacle de la voiture. Stan se met immédiatement à crier: « tu m’enlèves cette merde tout de suite! Capucine, tu m’enlèves ça ou c’est fini entre nous! » Capucine obtempère, en partant dans un grand rire cristallin. Je lui demande si elle aime bien. « J’avais vu l’actrice dans Vernon Subutex, mais je ne connaissais pas la musique. Oui, c’est pas mal, mais j’ai compris qu’avec Stan c’était totalement incompatible. Non seulement c’est vrai que ce n’est du tout son genre mais en plus il semble que tu l’aies vraiment traumatisé avec ça… »

Au bout de quelques minutes, nous arrivons au milieu d’une grande esplanade garnie de terrasses de café. Stan s’engage dans un parking en sous-sol et nous sortons dans la lumière de l’après-midi. San me prend par le bras et me dit en me montrant un café à l’extrémité de l’esplanade: « viens, on va à celui-ci. Tu sais, c’est cool qu’on ait repris contact. La fin de notre colocation avait été tellement pénible… C’est du passé maintenant. » Lui et Capucine s’assoient l’un à côté de l’autre sur un emplacement de quatre personnes et je m’installe en face d’eux. Ils commandent chacun un demi; je me contente d’un café. Capucine me passe l’article imprimé. Pendant qu’elle reprend avec Stan une conversation apparemment laissée en suspens avant mon arrivée sur les problèmes qu’elle rencontre dans son travail d’éducatrice, je parcours les feuilles, repérant les notes variées au Bic noir qui s’y trouvent. Je demande à Stan si ces annotations sont conçues pour que je fasse des corrections. « Tu en feras ce que tu voudras… C’était surtout pour me marrer, pour dédramatiser un peu. Pas de panique, il n’y a rien de vexant à ton égard… » Pendant que Stan reprend sa conversation avec Capucine, je lis, sur la première page, dans la marge, à côté de « écouter Fishbach en permanence, en parler à tout le monde n’avait au départ en soi rien de bien dramatique », écrit et souligné: « et tu as pensé à moi? Et à nos anciens voisins? » Au verso vierge de la première page, Stan a aussi laissé ces remarques amusantes: « tu aurais pu parler de la fois où tu voulais envoyer un courrier d’insultes aux Inrocks parce qu’ils n’avaient pas placé Fishbach en première position de leur classement annuel des meilleurs albums… Ou de cette fois où dans une Fnac de province tu avais fait un esclandre parce qu’ils n’avaient pas le disque en vinyle… LOL. » Plus loin, en gros, repassant la phrase — « je n’échangeai à chaque fois avec elle que quelques paroles mais lui fis cependant comprendre à quel point et pour quelles raisons sa musique représentait quelque chose d’inestimable pour moi » —: « Tu lui avais dit que tu étais maniaco-dépressif? Tu es vraiment ouf, LOL. » Plus loin, la date du 15 mai 2017 est entouré d’un cercle gras avec une flèche vers le mot « débat » — curieux. À la fin de l’article, un grand cœur dessiné avec l’exclamation: « tu es toujours amoureux d’elle, psychoboy! » Et, à côté du poème en anglais: « il ne te reste plus qu’à faire un remake de « Mes nuits sans Kim Wilde » de Laurent Voulzy! » Paraissais-je à ce point amoureux de Fishbach alors que je vivais avec Stan?

Trois grands thèmes viennent sur la table lorsque Stan déclare, avec un clin d’oeil dans ma direction: « bon, parlons un peu de ce torchon. » Capucine semble d’abord fascinée par les passages métaphysiques, par les histoires de rencontre avec Fishbach dans un univers parallèle. « Cela fait quoi, exactement?… C’est comme lorsque petit tu t’inventes des amis imaginaires? Tu te droguais beaucoup? » me demande-t-elle. Je repense à ces expériences, à quel point je les considère désormais puériles, sans pouvoir nier l’intensité extrême qu’elles possédaient. Me droguais-je beaucoup? Je réunis mes souvenirs: non, non, je ne devais fumer du shit qu’à dose très modérée. « Et non, ce n’était pas comme quand petit tu t’inventes des amis imaginaires. Ce n’était pas non plus de la transmission de pensée, de la télépathie, comme j’ai pu en connaître en de nombreuses autres occasions. Cela allait beaucoup plus loin. J’avais vraiment le sentiment, et ce pendant des heures, d’être doucement possédé par quelqu’un d’autre. J’avais l’impression de la rencontrer. J’entendais très disctinctement dans mon cerveau ma voix et sa voix à elle, très féminine. C’était comme si son âme et la mienne eussent été en interférence totale. Et puis, je sentais l’espace autour de moi se déformer, le temps se distordre, je me sentais vivre dans un mélange de rêve et de réalité. Elle me déclarait avoir les mêmes sensations, nous étions tous les deux enthousiasmés par ce qui se produisait. Il y avait une sorte de vraie dialectique, comme si elle et moi devions apprendre à échanger dans cette atmosphère. Mais d’où me parlait-elle? Vous imaginez ce que le cerveau est capable de produire? » Je m’étends en arrière sur ma chaise pour me détendre: « Et… La vache, la personnalité qu’elle avait! D’après ce que je connaissais sur Fishbach, ça collait parfaitement. » Capucine me demande si je garde de ces nuits de bons souvenirs. « Oh! Sans doute, dit Stan. Il avait l’air sous ecstasy en permanence. » Je le corrige: « non, je n’en garde pas de bons souvenirs. Certes, sur le moment, je trippais complètement. Mais ce n’était pas du bonheur… C’était du « merveilleux » complètement factice. Comme le bonheur illusoire que peut te procurer une drogue dure. » Stan se tourne vers Capucine: « surtout, ne lui demande pas s’il y avait une dimension érotique dans ce genre de rencontre métaphysique, il considère cela comme un crise de lèse-majesté et serait capable de casser nos verres! » Il avale une gorgée de bière et me fixe, attendant une réaction qui ne vient pas. « Sujet tabou? me demande Capucine. Je ne vois pas quelle honte il y aurait eu à avoir des rapports intimes dans ce genre de contexte… » Stan ajoute: « on ne couche pas avec sa déesse, cest ça? » J’allume une cigarette. Capucine me demande pourquoi j’ai les mains qui tremblent. « Le lithium… Plus le café », je réponds laconiquement. « Et… Non, non, définitivement, je ne garde pas de bons souvenirs de ces rencontres avec Fishbach dans un univers parallèle. C’était le signe d’une grande solitude, de comment mon cerveau commençait à s’emparer de tous mes comportements, comme pour encore mieux m’isoler de la réalité. » Capucine me demande si je prenais mes médicaments: « c’est à ce moment que j’ai commencé à déconner avec ça… Notamment à lâcher l’antipsychotique. C’était l’escalade assurée. »

Je reste silencieux quelques instants, écrase ma cigarette. Stan a enroulé les pages de l’article entre elles comme un tube et tape sur la table avec. Capucine me sourit, gentiment. Je la regarde: « Les souvenirs… Il y a un post dans mon blog où je m’interroge sur la dernière fois où j’ai été vraiment heureux. Tu veux savoir quand c’était? Au printemps 2017, avant que je ne parte complètement en couilles, que mon trouble bipolaire ne prenne une autre ampleur. Ces trois mois entre la découverte de Fishbach et le dernier concert auquel j’ai pu assister restent comme un temps béni. J’étais amoureux de la musique, des concerts, du groupe, ce cette période si particulière, si inattendue. Je n’oublierai jamais. Cela restera toujours quelque chose de magique. Dans la vie, tu rencontres des trésors qui te laisse une empreinte éternelle. C’est ce que je décris dans l’article où je raconte ma vie amoureuse en Argentine. Avec Fishbach, dans une autre mesure et une autre dimension, c’était un peu comparable… » — « Tu étais quand même un peu amoureux d’elle, de Flora Fischbach, non? » ajoute Capucine. Stan ne peut réprimer un rire, en rouvrant les papiers et fixant les remarques qu’il a mises sur la dernière page. Je rallume une cigarette: « comme un nabot de quinze ans qui du fond de la salle de concert sait qu’il n’a aucune chance. Je ne devais pas être le seul dans le public… » Capucine me demande une cigarette; je lui tends mon paquet: « en tout cas, dit-elle en tenant d’une main la cigarette et d’une autre le briquet, ce n’est peut-être qu’un point de vue de meuf, mais je trouve que ta description de l’amour désintéressé que tu ressentais pour elle est assez mignonne… »

Je leur demande alors la raison du mot « débat » écrit sur la date du 15 mai 2017. Stan me répond: « enchaînement parfait. Ce n’est pas une petite question, mec. As-tu pensé à ce qui aurait pu se passer si, au lieu de tout manquer de leur tournée à partir de cette date, tu avais vraiment réalisé ton projet de les suivre fidèlement de concert en concert? Tu étais sacrément up, non? Tu n’aurais sans doute pas hésité à claquer un max de thunes pour écumer la France à leur suite. Tu avais quand même été les voir en Belgique!… Mais surtout… As-tu envisagé comment tu aurais pu devenir un vrai groupie, un fan pesant, réellement harcelant? Cela aurait pu mal finir pour toi, elle aurait pu te rejeter sèchement et tu te serais senti humilié, ou je ne sais quoi, et tu serais d’autant plus tombé en dépression. Ce genre de situation n’est pas si rare. Je ne dis pas qu’être bipolaire y prédispose… Quoique si, sans doute. Cela dépend des cas, je ne te connaissais pas à l’époque. » Stan reprend l’article et lit, dans l’introduction: « Le trouble bipolaire dans ses phases maniaques est un serpent à l’affût »: qui sait quelle autre forme aurait pu avoir le venin? Tu aurais pu réellement, enfin plutôt… pratiquement, personnellement tomber amoureux d’elle, tomber amoureux d’une star inaccessible, et péter complètement les plombs avec ça, je veux dire pas seulement en toi, mais devant elle. » Je me sens mal à l’aise, j’allume une cigarette. Le regard des autres ne fait souvent qu’accroître le sentiment que peut avoir un bipolaire de se sentir handicapé. Capucine me dit: « ne l’écoute pas trop. Je trouve que c’est de la stigmatisation excessive. Tu n’as sans doute pas ce profil-là. » Je souffle bruyamment la fumée de ma cigarette: « Le problème c’est que, même si je n’y crois sincèrement pas, je ne peux pas lui donner entièrement tort. On ne sait jamais ce qui peut arriver lorsque la chimie du cerveau s’emballe chez un bipolaire en phase maniaque. Stan m’a vu dans des phases tellement hallucinantes. D’abord, c’est vrai, en l’espace de quelques semaines, entre février et mai 2017, j’étais devenu complètement up. La beuh que je fumais régulièrement n’aidait sans doute pas à me stabiliser. J’étais sur l’arête entre l’hypomanie et la manie et cela avait quelque chose d’incroyablement excitant. « Je déteste être bipolaire, mais ça déchire grave » a dit Kanye West. J’étais au niveau « ça déchire grave ». J’ai basculé dans les délires et la paranoïa au pire moment, quand réellement je considérais les concerts de Fishbach comme des expériences ultimes et que je voulais m’y accrocher comme on s’accroche à des lianes pour valser dans les airs… Mais si j’avais basculé dans la manie délirante au moment d’un ou plusieurs concerts, qu’est-ce que cela aurait pu donner? Tu sais Capucine — Stan, tu t’en rappelles sans doute — mais à cette époque-là, toujours au mois de mai 2017, j’étais une fois descendu sur les voies de chemin de fer d’une gare, pour me battre contre les trains, provoquant une panique générale et une interruption du trafic — j’avais dû d’ailleurs alors facilement passer pour un terroriste… Sans parler des risques que je prenais pour ma vie… Imaginez si dans un concert j’avais décidé de monter sur la scène, de vouloir chanter avec elle ou de me jeter sur elle… Cela aurait effectivement pu être un triste spectacle. Bon, certes, de nos jours, il est devenu quasiment impossible de monter sur la scène à l’improviste pendant un concert, mais cela aurait pu être dans d’autres circonstances, en la croisant dans un festival, je ne sais pas… » Stan sourit: « tu as déjà vu ce concert de Nirvana où il y a un taré qui danse en permanence, en transe sur la scène, pendant tout le concert? Tu aurais pu jouer ce rôle-là. Déguisé en femme. Ah! Ah! Ah! » Capucine s’absorbe dans une réflexion avant de me dire: « quelque part dans tes phases de délires peut-être te tenais-tu inconsciemment éloigné d’elle pour éviter toute situation potentiellement ridicule ou dérangeante… »

Je la regarde intensément: « cela est fort possible. Mais, de façon générale, je ne peux que me sentir traumatisé quand je repense à mes périodes de délires: savoir à quel point je ne me pouvais plus me contrôler, comment je représentais une nuisance pour mon entourage et comment cela aurait pu être encore pire… » Quelques gouttes de pluie s’abattent au-dessus de nous: le ciel s’est assombri. Capucine me demande si j’écoute toujours autant Fishbach, si je la place toujours sur un si solide piédestal. « Oui, je l’écoute toujours, pas tout le temps, mais quand même assez régulièrement. Après, je n’irais jamais jusqu’à dire qu’elle est plus importante dans l’histoire de la musique que Led Zeppelin, Kraftwerk, ou Oasis, par exemple. Mais elle reste un putain de crush dans le cours de ma passion pour la musique. »

La dernière grande question arrive. Que se passera-t-il en moi lorsque Fishbach refera un nouveau disque et de nouveaux concerts? Stan rigole: « oh! Mon Dieu! Non, surtout pas! Pour le bien de l’humanité entière, il vaut mieux qu’elle s’en abstienne totalement… Je déconne, hein, ajoute-t-il en me touchant le bras. » Je réalise que presque quatre ans se sont écoulés depuis la révélation de Fishbach au grand public et l’adoration dans laquelle j’étais tombé. Je ne suis plus le même homme; je suis passé par des phases hautes comme basses violemment exécrables; mes tendances dépressives se sont alourdies. Musicalement, Fishbach sera-t-elle pour moi aussi ensorcelante qu’elle le fut au moment de la sortie de l’album À Ta Merci? La question n’est pas de savoir si ce nouvel album serait ou non à la hauteur du premier; en fan inconditionnel, je ne me fais guère d’inquiétude là-dessus. Mais de quoi ai-je le plus peur? D’une persistance ou d’une aggravation de mon état dépressif qui empêcheraient la magie de se reproduire comme la première fois? Ou de me laisser de nouveau absorber dans de hautes sphères de délires? Je souris en réalisant comment cependant au fond de moi-même j’ai gardé une forme d’espoir adolescent envers Fishbach. Capucine semble lire dans mes pensées: « que la musique, voire qu’une musique en particulier ait un effet curateur, antidépresseur me semble parfaitement crédible. » Stan la complète: « l‘idéal serait cependant que tu sois stabilisé lorsque ça arrivera. Avec ce que tu as écrit sur ton blog et le recul que tu as l’air d’avoir sur toutes ces périodes, si tu ne déconnes pas avec tes médocs et avec les drogues, tu pourras sans doute en profiter à fond sans la crainte de partir en vrille. » Il se redresse sur sa chaise: « je vais faire quelque chose qui constitue un exploit pour moi, et c’est pour toi seulement que je le fais. » Il joint les mains comme pour prier et levant les yeux au ciel dit: « Sainte Flora, de grâce entendez-nous! Faites au plus vite un nouvel album! La santé mentale de Vincent en dépend. » Capucine rit, sort son smartphone: « allez! On s’en écoute une pour la forme? » — « Et puis quoi encore? Faut pas pousser… » répond Stan sèchement mais en souriant. 

Une fois rentré chez moi, suivant amusé les conseils de Stan, cherchant à plus ou moins m’imprégner de ces étranges époques évoquées, je cherche les paroles de « Mes nuits sans Kim Wilde » de Laurent Voulzy et m’essaie à une adaptation.

« Mes nuits sans Fishbach »

Les nuits sans Fishbach
Je pars dans des univers bipolaires
Et j’attends sa douce attaque
Depuis le fond d’un trou de ver

J’écris seul sur mon ordinateur
Évasivement, au pas à pas
Mais aucun de mes mots de leurre
Ne s’approchent de qui est Flora

Oh oh oh oh oh les nuits sans Fishbach
Oh oh oh oh oh les nuits sans Fishbach

Dans mon grand tableau noir
Où languissant je m’évade
Ma Marylin de ses yeux de jade
Me souffle un vent d’espoir

Come on, she’s so close, overdose, don’t let the door close

Oh oh oh oh oh
Gravissant l’échelle de ma maladie
J’échappe à la mélancolie

Oh oh oh oh oh
Sa voix sombre se rapproche
À la mienne se raccroche

Take it slowly, slowly
Take it slowly, slowly
Oh quelle étrange rivière
Dans mon âme cette lumière
Fishbach
Déesse du printemps et des fleurs de l’hiver

J’ai des aspirations
Aux contours étranges
Qui dans ma respiration
Me balaient de leurs franges
Oui mais mes nuits sans Fishbach
Sont tellement moins belles
Que ses concerts de dentelles
Qui me faisaient atteindre le ciel

Oh oh oh oh oh

2 commentaires sur “Fishbach ou l’addiction ultime (complément; inclus « Mes nuits sans Fishbach »)

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