Alerte! Mes rêves sont plus beaux que mes jours

Tu vas le faire. Tu vas le dire, l’écrire, le confesser. Ce n’est pas grand chose. Dis-toi que tu es chez ton psychanalyste. Dis-toi que tu es seul avec toi-même. Dis-toi que tes lecteurs ne te lisent qu’en diagonale ou ne lisent que le titre et l’en-tête des articles sur la page d’accueil. Ou bien dis-toi que de toute manière tout le monde t’en parle et que certains n’attendent que ce genre de confession. Dis-toi que c’est ainsi en bien évidente relation avec comment Christophe t’a demandé de te prononcer sur ce sujet l’autre jour (cf. « Next station: Paris ») et que tu lui as juste un peu menti au passage. Dis-toi que c’est la faute de ton somnifère qui amplifie ta vie onirique. Dis-toi que c’est le fait d’avoir revu des vidéos sur YouTube. Dis-toi que tu as sans doute su suffisamment, dans des articles précédents, décrire et te représenter à quel point elle — oui, c’est ça, appelle-là elle pour le moment — avait pu être un pivot de ta pychose, bien malgré elle, malgré toi — et que cette psychose, en dépit de son douloureux sillage, appartient désormais au passé.

Dis-toi que ce n’était qu’un rêve — mais quel rêve; quelle précision; quelles sensations; — ton inconscient t’a bien trahi sur ce coup-là.

N’espère pas ainsi te débiner en racontant que tu as rêvé de nuits de débats endiablés avec Mylène Farmer. C’est ça, écoute « Exit music (for a film) » de Radiohead, si cela peut t’aider. Tu as fait le rêve le plus cul-cul du monde et c’était formidable, extraordinaire. Tu as rêvé d’elle et elle t’embrassait, rien de plus. Tu étais inscrit dans une école de cinéma et dans ta promotion il y avait une certaine Flora Fischbach — elle, donc, bien sûr, déjà connue comme chanteuse mais en version étudiante du même âge que toi. Chaque étudiant devait réaliser un court-métrage sur son propre univers matériel intérieur. Tu faisais deux versions: une version à présenter en classe, variée, et une version à garder pour toi, où la caméra passait son temps à s’attarder sur tous les détails de ta chambre d’adolescent en relation avec Fishbach — disques, photos, affiches et carnets remplis de poèmes, de cœurs, et autres émoticones amoureuses. Évidemment, le jour de ta présentation, tu te trompais d’enregistrement et te retrouvais à projeter le film intime devant toute la classe. Tout le monde rigolait. Tu ne savais plus où te mettre. C’était la honte la plus totale. Mais, à l’interclasse, elle s’approchait de toi dans les couloirs et, lentement, très lentement, posait ses lèvres sur les tiennes, se reculait en souriant avant de t’embrasser pleinement, tendrement — et, avoue-le, délicieusement. Tu t’es réveillé à ce moment-là avec sur la bouche l’étrange sensation d’avoir véritablement reçu un baiser dans ton sommeil. Quand pour la dernière fois avais-tu fait un rêve de baiser autant subréel et troublant? Avec Claire Danes en 1999? 

Tu vois, il n’y a pas de quoi en faire une montagne. Ne demande même pas si c’est grave, docteur. Mais la prochaine fois qu’on te demandera si tu ressens du désir pour Flora Fischbach, tu pourras dire que tu as déjà rêvé de l’embrasser comme on embrasse une fille pour la première fois, comme dans une série télé d’adolescence où dans le ridicule émerge étincelante l’improbable réalisation d’un vœu profond.

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