L’équation de l’amour dans la zone de mort

18 h 50. J’ai passé la journée au lit, stores baissés, pétrifié — un petit rhume et le peu que j’avais de socle sous les pieds s’est écroulé — pétrifié à me dire que je ne passerai pas l’hiver si ma dépression continue ainsi à s’étaler et à ne pas se dissiper, qu’il faudra que je me fasse hospitaliser pour éviter de faire une connerie ou pour passer aux électrochocs. Je me sens comme condamné. Putain, cela fait huit mois que je prends du Prozac, 10, puis 20, puis 25 mg, plus toute la tartine de thymorégulateurs, et je ne sens toujours pas d’effet… Sur mon échelle thymique je suis à combien? –8? Comme j’ai bu du café pour me forcer à écrire je tremble comme une merde et comme j’ai mis un pull à col roulé pour éviter de me refroidir je sue comme un porc. Mais je passe à –7. Quelle connerie cette échelle: est-ce que s’auto-évaluer numériquement ne revient pas à s’auto-assommer encore plus?

Au cours des longues heures où je reste couché, inanimé, j’essaye pour chasser les idées noires de penser à l’amour. Mais j’ai souvent le sentiment que dans le cours de mon trouble bipolaire mon esprit a tissé une équation insoluble de ce sentiment. Je l’ai déjà écrit: certaines amours sont éternelles. J’ai relu l’article « Porque te vas » et l’ai trouvé bien plus beau, tristement et nostalgiquement beau, qu’après la première relecture; inconstestablement le plus beau texte de mon blog. Serai-je pour toujours amoureux de Christina, ainsi inévitablement et plus ou moins lourdement endeuillé dans mes phases dépressives? Je suis resté célibataire depuis la fin de ma relation avec elle: des années qui, lorsque je les regarde, me montrent un mystérieux sillage des sentiments. Serais-je en effet tombé amoureux de Flora Fischbach comme je l’ai déjà décrit et avoué à plusieurs reprises, de façon désintéressée, avec la parfaite conscience qu’il s’agissait d’une chimère — pour aimer quelqu’un d’autre que Christina, mais uniquement dans le domaine des rêves — devenant au passage complètement fou? Mon inconscient m’aurait-il traîné dans une logique au choix masochiste ou joliment pieuse: si mon amour doit être représenté par un nombre complexe a, dans ce cas pour moi a = c + if, équation dans laquelle c représente Christina, f représente Flora Fischbach, i est l’unité imaginaire, et a est évidemment innumérable — étant non nul, il ne peut alors prendre comme valeur que l’infini. Cependant, mon amour pour Christina appartenant au passé, au domaine des souvenirs et donc de l’imaginaire, mon amour a doit-il s’écrire a = i(c + f), devenant ainsi un nombre purement imaginaire? Singulière coïncidence: Christina comme moi comptions parmi nos chansons favorites « Pass this on » de The Knife, découverte dans la bande originale du film Les Amours Imaginaires de Xavier Dolan.

Lorsque nous vivions ensemble, Christina et moi avions un accord: l’adultère était permis mais avec une seule personne au monde, et le choix de cette personne devait être validé par l’autre. Nous étions ainsi arrivés à l’accord suivant (que les choix soit jugés par un tel ou une telle comme il se peut): elle avait le droit de m’être infidèle avec Brett Anderson, le chanteur du groupe Suede, tandis que moi j’avais le droit de lui être infidèle avec l’actrice pornographique Angel Dark — derrière l’improbabilité d’occurrence de tels adultères nous aimions converger sur l’admission de l’impossibilité de ne pas avoir de fantasme voire d’amour chimérique pour autrui. Si j’étais resté vivre avec elle en Amérique du Sud, Christina aurait-elle accepté que je change Angel Dark pour Flora Fischbach? Dans un contexte si différent, dans cette autre vie, y aurais-je d’ailleurs songé?

Sur ces biens vilaines ou bonnes paroles, m’en vais-je ouvrir ma page Meetic? Pour rien au monde, pas ce soir, ni sans doute demain, non merci. Je préfère pour le moment rester seul avec mes équations farfelues et mes sempiternelles et altières amours imaginaires. Et, chers lecteurs, si certains parmi vous sont assez pervers pour s’imaginer que les équations ci-dessus ont pu ou peuvent dans mon cerveau psychotique se traduire en plan à trois dans mes moments d’onanisme, qu’ils se détrompent… ou pensent ce qu’ils veulent après tout. Christina, Flora, don’t worry, don’t pay attention to the gossip. I will always, in different ways, love you deeply, purely, and innocentlyConsider these words as the ones from someone on the edge of death. 

5 commentaires sur “L’équation de l’amour dans la zone de mort

  1. CHOUPETTE. accroche toi tu en es capable tu ns l a déjà prouvé plusieurs fois…. A qd notre chocolat chaud à Bleau ou ailleurs. Bisous de Marie je ne t oublie pas 😘😘😘

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