Blade Runner Blues (III)

Je suis Tristana La Tremblotte. Je suis Vince La Douleur Dans La Peau.

Je suis Deckard Termination Date 2040. Je suis Holden Quand Léon Surgira-t-il De Mes Entrailles?

Je me suis révéillé tôt, secoué de tremblements dès le café. Le soleil tentait de bousculer les nuages au loin, sur l’horizon. J’ai décidé de partir courir pour me calmer, pour ne pas commencer à fumer des clopes dès le matin. J’avais même pris le temps de préparer une extraordinaire playlist pour me motiver. Au bout d’un quart d’heure, le tendon externe de mon genou droit à commence à couiner. Le froid? Non, j’étais couvert comme pour un run en montagne. J’ai les genoux en vrac depuis des années et je me suis toujours demandé si mon trouble bipolaire, déclenché presque en concomittance de l’apparition de mes douleurs articulaires, n’avait pas un rapport avec ma diminution de l’activité physique qui en a suivi. Trop de courses, trop d’excès, trop vite, trop jeune. Tout ça pour au final une place de trentième aux 20 km de Paris en 2009? Non, tout ça parce que courir était une drogue extraordinaire, qui me provoquait des états d’ivresse indicibles, qui me faisait oublier ou du moins dissimuler temporairement la mort de ma mère, aussi. Live fast, die young, c’est drôle à vingt ans, beaucoup moins à quarante. Un esprit sain dans un corps sain? Un esprit malade dans un corps usé, oui. Je n’insiste pas et rentre en marchant, contemplant les magnifiques dégradés de couleur dans les frondaisons des arbres. Je suis amoureux de l’automne, depuis toujours. Mais là, cet amour est terne, entravé. Je rentre, donc. Les tremblements reprennent, je me sens si faible; saloperie d’aripiprizole, saloperie d’Abilify. Je relis mon article d’hier. Je me demande de quoi j’ai l’air pour ceux qui me lisent. Mais je n’en ai que faire, au point où j’en suis, je n’ai plus aucune pudeur. J’écoute l’album d’Ela Minus, Acts Of Rebellion, que j’ai acheté il y a quelques temps. Je me recouche, me laisse rechuter sans angoisse. Électron mort. J’émerge tard, sans appétit, toujours pris dans mon enveloppe de tremblements. J’écoute la bande originale de Blade Runner par Vangelis. Thème final? Pensées divagantes au travers des nuages et de l’azur lointain. Où sont les oiseaux? Aussi loin que Dieu décide d’aller faire mourir le froid. J’appelle Stan, mais il ne répond pas.

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