Opprobre, peur et silence

Je retombe, je glisse, lentement.

je ne sais plus, tout se téléscope dans mon cerveau. ne plus pouvoir mettre de musique sur enceintes me rend fou. ce monde est trop froid et coupant pour moi. j’ai les genoux ruinés et ne peux même pas essayer de redevenir champion de mon quartier de course à pied. dans mes rêves, tout se lit: je suis dans un avion, mais où vais-je? le président du syndic de mon immeuble me hurle dessus, on sait que vous êtes fou, le voisin du dessus a eu raison, à sa place je vous aurais cogné dessus, en plus vous avez recommencé à envoyer des mails, à reparler de cette fichue chanteuse, mais je n’ai jamais envoyé de mails à mes voisins!, vous savez qu’on l’entendait jusqu’à l’autre bout de l’immeuble l’an passé?, plus personne ne la supporte, et votre voisin je vous préviens, juste s’il l’entend encore une fois, il vous tuera, je vous le garantis

Je suis Vince La Honte.

Je suis Tristana L’Angoisse Dans La Peau. J’arrive vaguement à vivre mais j’en ai peur. J’ai peur de me remettre à vivre et que tout soit assombri à la lueur de mes crises maniaques passées.

Je suis Est-ce Que Le King Ne Deviendrait Pas Fou S’il Était Contraint d’Écouter De La Musique En Permanence Au Casque?

Je fais partie de ceux qui ne s’en font pas à l’idée qu’ils pourraient s’éteindre dans leur sommeil.

Je suis Le Procès de Kafka.

le président du syndic me conduit au long d’un couloir blanc jusqu’à une petite salle où il me laisse seul sur une chaise face à un malabar, sur la droite un miroir sans doute une vitre sans tain, le malabar place un coussin sur mon visage et frappe violemment, je suis totalement étourdi, il me fout un papier devant les yeux, c’est ma chronique de la chanson « Mortel », c’est quoi ça?!, se met-il à hurler? c’est juste l’interprétation d’une chanson, je bredouille, vous savez pourquoi vous êtes là?!, crie toujours le malabar, pour cette chronique?, je bredouille encore, pas seulement, pas seulement, pas seulement!, mais commençons par elle, il jette un œil au papier imprimé, scrute, diagonalise, vous vous rendez-compte que vous parlez de cul?, que vous envoyez ça à quelqu’un de son entourage, que c’est du harcèlement sexuel indirect?, mais vous n’avez rien compris, c’est une chanson d’amour, de toute façon ce quelqu’un de son entourage c’est le compositeur, il a validé les interprétations, essayez de comprendre je courais après Fishbach parce que je courais après cette chanson, elle m’obsédait depuis le début, je pourrais vous dire exactement où et quand je l’ai entendue pour la première fois, ferme ta gueule frappadingue!, et je vois le coussin se plaquer contre ma gueule et je sens une violente percussion et je ne vois plus que des étoiles, ferme ta gueule!, hurle le malabar en retirant le coussin, j’en ai rien à foutre des tes jérémiades de poète, mais t’es pas si con tu sais, dans ton blog au moins tu as vu le futur avec ton article l’entretien ou je sais plus quoi, la différence c’est que…, on peut revenir au vouvoiement?, je demande, passablement excédé par cette entrée en matière, coussin, percussion, étoiles, ferme ta gueule, la différence, c’est que je disais, la différence c’est la fin, tu vas rester un peu avec nous, hein?, toutes les personnes que tu as harcelées, et tu en avais oublié, se sont liguées, tu es fait comme un rat, et tes textes passés sur le terrorisme sont comme toi-même tu l’as reconnu beaucoup trop suspects, tu y évoquais même une conversion à l’Islam, bienvenu chez les fichés S, tu sais ce que ça veut dire fiché S, hein?, oui, mais qu’est-ce que vous racontez?, tous ces textes étaient délirants, je les ai retirés d’internet depuis longtemps… oui, mais ils ont existé et toi tu existes toujours, mais regarde, regarde, on a une surprise pour toi, et j’entends qu’on actionne la poignée électronique de la porte derrière moi, tu t’attends à ce que ta petite chérie apparaisse? hein, frappadingue? mais non, cela n’aurait aucun sens, je bredouille toujours, encore heureux!, hurle-t-il, et j’essaye de me tourner pour voir de qui il s’agit alors que j’entends une personne entrer dans la pièce mais coussin, percussion, étoiles, je sens que je m’évanouis à moitié et lorsque je rouvre les yeux il y a Emmanuel Macron face à moi, Président…, je fais, essayant de montrer du respect, mais il m’intime d’une main tendue de me taire et il parcourt le papier de ma chronique, il y a du progrès, dit-il, mais vous comprenez que même moi vous m’avez pompé l’air avec votre passion, en plus je n’écoute que de la musique classique, je suis étonné que vous ne m’ayez pas encore envoyé ce torchon dans lequel suinte toute votre obsession, mais, Monsieur le Président, c’est excessif, taisez-vous, dit-il, en plus ça parle encore de terrorisme!, me crie-t-il en envoyant valser le papier dans ma figure, hein, c’est rien, ne vous inquiétez pas, on va vous garder attaché une petite semaine, et ensuite on verra ce qu’on fait de vous, mais de toute façon vous serez tenu à l’avenir de plus jamais vous approcher ni même contacter sous quelque forme que ce soit les célébrités, nombreuses, sur lesquelles vous avez par le passé et encore presque maintenant si je ne m’abuse porté votre adoration, moi inclus… quoi? il se sent adoré lui aussi, hey Manu, it’s you that I adore you always be my whore, me dit Stan dans ma tête, mais j’essaye de faire bonne figure face au Head Of State, j’acquiesce, je baisse la tête, je devine le malabar derrière moi, je regarde le costume sur mesure de Macron mais je ne suis pas Patrick Bateman et serais bien incapable d’en deviner la marque ou la composition, vous considérez que je vous ai harcelé vous aussi, Monsieur le Président? oui!, la France entière en a marre de votre passion pour Fishbach, lance-t-il en faisant un signe au malabar que j’entends ouvrir la porte et quelqu’un d’autre entre, vous allez avoir un entretien avec un psychiatre bien plus approfondi que celui que vous envisagiez dans votre blog, ne vous inquiétez pas, mon garçon, mais pourquoi il passe son temps à me dire de ne pas m’inquiéter et pourquoi il m’appelle mon garçon?, je n’ai pas besoin d’une telle condescendance infantilisante, je suis en dépression Monsieur Macron, pourquoi est-ce qu’on m’inflige des méthodes aussi fortes?, parce que vous êtes ici, et qu’ici c’est la DGSI, et que vous soyez en dépression ou non, vous avez besoin d’être attaché, c’est une HO, je demande? rien n’est bien sûr encore décidé, allez, j’ai autre chose à faire moi, et ce n’est pas un psychiatre qui surgit de derrière ma chaise mais un groom qui tend une tasse de café à Macron, lequel s’en empare, je ne vais quand même pas lui demander si je peux en avoir un et pourquoi pas une clope, et Macron a déjà bu son café, repasse la tasse au groom qui repart, « Mortel », dit-il, comment peut-on être normal et développer une addiction pour une chanson aussi glauque?, on va commencer par tester votre résistance, peut-être que si vous tenez on trouvera une alternative et on vous enverra dans la Légion, vous allez rester ici et écouter cette chanson en boucle pendant exactement vingt-quatre heures mais à son départ glacial ne succède que le silence et les murs blancs qui m’entourent, le silence que l’on l’impose comme torture et au loin j’entends le président du syndic de mon immeuble et mon voisin du dessus rire à gorge déployée

J’aimerais tout recommencer à zéro. Me reformater complètement.

J’aimerais déménager. Vivre reclus dans une maison isolée dans le piémont pyrénéen, pouvoir écouter de la musique aussi fort que je le veux. Pouvoir picoler à nouveau. Avoir des chats. Regarder la nature tout autour de moi. Couper du bois. Ne plus prétendre à rien intellectuellement.

Je vais devoir contacter Hervé. Lui saura me montrer la voie vers le renoncement le plus total.

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