L’ « autre » (et pas n’importe laquelle): Nora Hamzawi

C’est en 2017, lorsque je découvris en même temps la quétiapine et Fishbach, que les choses commencèrent à vraiment merder pour moi. Et c’est en 2019, lorsque je (re)découvris Nora Hamzawi et arrêtai complètement mon traitement, que les choses devinrent réellement catastrophiques. Oh! Non, je n’en ai pas fini avec le passé. Comment ai-je pu jusqu’à présent négliger le printemps 2019 et comment n’ai-je pas davantage insisté sur le catalyseur terrifique de la manie que représentent l’internet et en particulier les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter? Peut-être, dans le cas de cette dernière question, parce que c’est l’évidence même. Parfois, je regrette de n’avoir gardé que si peu de traces de l’activité maniatico-cybernétique de David Anderson, mon moi internétique entre 2018 et 2019. David Anderson se fit d’abord évincer de Facebook assez rapidement, au cours de l’hiver 2019, sans doute suite aux plaintes de Fishbach qui devait en avoir ras le bol de le voir squatter et envahir à n’en plus finir les commentaires sur sa page officielle. À la fin de l’année 2019, par ailleurs, je détruisis tous les sites de David Anderson et n’en gardais que quelques maigres extraits « valables » en PDF. Il y a plusieurs mois, au fin fond de la dépression, je fermai également le compte Twitter de David Anderson (@DABipolaire) ainsi que sa boîte mail. En outre, ses « œuvres » complètes imprimées — les sites Bipolarity Report, Progresses In Quantum Metaphysics And Degasified Psychiatry, Fishbach Program: New Insights Into Terrorist Attacks, et leurs variantes, ainsi que des textes inédits sur internet — furent refourguées au commissariat de police de Fontainebleau où, suite à mon délire acté du 24 mai 2017 (voir l’article « L’interrogatoire »), j’avais été interrogé, observé biologiquement sous toutes les coutures, bref fiché, et où l’on m’avait fait comprendre que je pouvais sans hésiter fournir régulièrement des mises à jour de mes écrits sur internet — que penserait Flora Fischbach si elle savait que le plus grand florilège de textes jamais écrits (quelque chose comme 1000 pages, sans doute) autour d’elle, dans leur grand nombre ineptes, entendons-nous bien, se trouve stocké chez les flics? Oserai-je un jour retourner audit commissariat pour demander la restitution de cette volumineuse documentation?

Mais revenons au printemps 2019. Suite à mon voyage plus ou moins pathologique en compagnie de Stan, j’avais terminé hospitalisé un mois au CHS de Dijon–La Chartreuse. Un mois sans internet et sans pouvoir blogger, j’en étais malade. Lorsque je sortis et pus rentrer chez moi, je n’avais qu’une idée en tête: relancer sans attendre l’enrichissement et la diffusion des sites mentionnés ci-dessus. Un psychiatre du CMP m’avait dit: « vous savez, Mr. Tristana, vous n’êtes peut-être pas bipolaire. Le problème c’est que vous faites des conneries et fumez du shit. » Il me prescrivit seulement un anxiolytique puissant, le lorazépam, qui eut comme conséquence instantanée de me lancer dans une financièrement dangereuse fièvre de shopping. Je ne voyais guère l’utilité de continuer de me gaver avec ce truc. Le psychiatre l’avait dit: je n’étais pas bipolaire! J’arrêtai donc toute médicamentation. Je me sentais extraordinairement bien de toute façon. C’était le printemps, j’avais de nouveau quinze ans, et j’allais de nouveau faire ma crise d’adolescence.

Je me sentais rempli d’amour. J’avais même dans mes écrits, si je me souviens bien, développer le concept d’une love chain, de toutes les personnes, de quelque genre que ce fût, que j’avais pu « aimer » d’une manière ou d’une autre au cours de ma vie. Curieusement, cette love chain, des dizaines de personnes classées par ordre chronologique, de ma famille jusqu’à des amis et des exs, se terminait avec Flora Fischbach et Emmanuel Macron — je ne sais pas trop avec le recul ce que ce dernier faisait là, sinon que j’avais développé une certaine fascination pour le personnage (voir encore l’article « L’interrogatoire »). Mais cela ne suffisait pas.

Non lassé de mon obsession pathologique pour les célébrités, je choisis une fois de plus la facilité. À quel moment, à force de regarder ses vidéos sur YouTube, tombai-je amoureux de Nora Hamzawi? Que les choses soient bien claires ici: je tombai réellement amoureux de Nora Hamzawi. Ce n’était pas comme avec Fishbach, qui restait et resterait comme une Déesse, une icône à adorer avec distance. Une illustration? Un jour, dans le métro, je me couvris au marqueur les bras avec un grand « Nora » sur le bras gauche et un grand « Hamzawi » sur le bras droit, inscriptions agrémentées de plusieurs cœurs traversés d’une flèche de-ci, de-là. Jamais je n’avais fait ça avec Fishbach. Nora Hamzawi était bien plus de mon âge (« trentenaire donc vieille », comme elle le disait elle-même) et je me reconnaissais dans son parcours existentiel, son intellect et son humour, dans sa façon de découper au scalpel ses obsessions favorites — la bourgeoisie bohême parisienne, les amitiés foireuses, le couple, le psy. Je définis ses vidéos sur YouTube comme le « meilleur antidépresseur du monde ». Et puis, je l’aimais, d’un amour fou, irrationnel, point barre: elle me subjuguait, elle m’attirait, je la voulais, je voulais l’épouser et lui faire des enfants. Plus que jamais, bien plus encore qu’avec Fishbach, je nageais en plein délire. Je m’étais remis à voyager dans des trous de ver, ces conduits invisibles entre les univers de différentes personnes, et, comme j’y avais rencontré sous des auspices de confrontation et d’instruction Fishbach au cours de l’hiver, j’y rencontrai sous des auspices d’idylle Nora Hamzawi. J’étais persuadé que nous avions procréé dans le trou de ver. David Anderson avait fait l’amour et un bébé à Nora Hamzawi dans un trou de ver. Jusqu’où pouvait-il encore aller?

Porté par l’amour, David Anderson était à son maximum sur Twitter. Que pouvaient penser toutes ces personnalités politiques ou du spectacle que je tweetais à n’en plus finir avec Bipolarity Report et Fishbach Program: New Insights Into Terrorist Attacks? Me voyaient-ils? Se disaient-ils: « ouh! @DABipolaire? Encore un qui délire… »? Que pouvaient penser des personnes comme (je ne cite que de mémoire) Benoît Hamon, Rama Yade, Emmanuel Macron, le véritable Sir David Anderson du MI5, s’ils consiraient mes tweets voire allaient jusqu’à jeter un œil au contenu de mes sites? Qu’étais-je pour eux: un fan débile de Fishbach? Un psychotique pseudo-spécialiste des attentats, à surveiller de près au cas où? (Je reçus bien un jour un appel du Centre de Prévention contre la Radicalisation et les Violences). Que pensa Nora Hamzawi le jour où je la tweetai avec ces mots d’une maladresse extrême: « je sais que vous êtes peut-être enceinte de moi. Gardez l’enfant. Je vous aime. S’il vous plaît, diffusez mon blog dans les media. » Après le harcèlement moral envers mes proches et l’entourage de Fishbach, je me trouvais aux portes du harcèlement sexuel.

C’était le 15 juin 2019. Je me pointai à la République Grande Salle, à Paris, dans l’espoir d’acheter au dernier moment une place pour le spectacle de Nora Hamzawi. Les dernières places furent achetées juste sous mes yeux par un couple de bobos quinquagénaires. Je me mis alors à converser avec le vigile et le convainquis de transmettre à Nora Hamzawi un petit mot de ma part: qu’écrivis-je sur ce papier de la taille d’une carte de visite? Sans doute mon pseudonyme, David Anderson, l’URL de mes sites et, quoi d’autre? — Peut-être simplement: « cela pourrait vous intéresser »; ou plus cryptiquement: « vous pourriez être en danger, je suis là pour vous aider »; ou plus témérairement: « je vous aime »? Impossible de me rappeler. Je me rappelle de ce tweet absurde et de quelques articles de déclaration à grands cris de mon amour pour Nora Hamzawi qui devaient garnir mes sites sur internet. Je me rappelle encore aussi surtout d’avoir vu le vigile débarquer face à moi alors que je dévorais un Long Chicken au Burger King voisin de la salle de spectacle: il m’avait jeté mon papier, m’avait shooté avec son smartphone, avant de me lancer sèchement: « c’est du harcèlement moral. Ne remets pas les pieds ici. » Et donc, quoi? Nora Hamzawi aurait gardé cette photo de moi, mal rasé avec lunettes noires et Long Chicken à moitié englouti dans la bouche? Je devenais blacklisté partout où j’allais? Je fis un gros chagrin d’amour le soir-même, comme si Nora Hamzawi vînt de me quitter après une relation printanière de quelques semaines.

Malgré ma manie, malgré mes délires, malgré l’arrêt total de mon traitement, je sentais que je flirtais avec une limite: j’avais harcelé Fishbach et je me retrouvais désormais à harceler Nora Hamzawi — l’avertissement que cette dernière me transmit me mit en face de toute l’activité cybernétique aberrante que j’avais eue au cours des mois précédents. Quelle goutte aurait pu faire déborder le vase? D’autres déclarations d’amour intempestives? Des menaces? J’aurais pu me retrouver d’un coup au Palais de Justice et hospitalisé d’office. L’incident me réfréna. Mon admiration pour Nora Hamzawi ne cessa pas mais l’amour disparut peu à peu, fort heureusement. Comme Fishbach, Nora Hamzawi devint une hydre paranormale alimentant mes délires de persécution: elles deux s’étaient liguées contre moi, développaient un programme de suivi destiné à me tenir à distance, et me harcelaient par télépathie, à tel point qu’il m’arrivait parfois de quitter mon appartement en courant et en hurlant: « Non! Nora! Flora! Ça suffit maintenant! Lâchez-moi! » Il est ainsi singulier de constater comment, au plus intense de ma psychose, j’étais capable de m’inventer des doubles de mes « modèles » qui jouaient littéralement le rôle de garde-fou — mais me faisaient profondément souffrir au passage. J’avais beau régulièrement errer la nuit dans Paris en criant: « Nora Hamzawi, you are the One! », je sentais que je devais m’éloigner de cette nouvelle chimère.

Je me demande soudainement si des personnes ont gardé des copies, des captures sous quelque format que ce soit, de mes sites de cette époque. Si vous lisez ces lignes et disposez de n’importe quel échantillon de l’activité cybernétique de David Anderson entre l’automne 2018 et l’été 2019, n’hésitez pas à me le faire parvenir par mail. Mon travail de mémoire et de rédemption n’est pas encore complètement terminé.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s