El desierto del futuro

Et c’est ainsi qu’à peine commencée l’année 2020 prit fin. Il faisait froid, trop froid pour moi et ma dépression. Mon cerveau me paraissait toujours peser comme une enclume. Je fis des vidéos pour me divertir, me faire rire, essayer de transmettre autre chose que mes sempiternelles complaintes. Un ami m’avait initialement invité sur Paris pour une fête en petit comité, comme à l’ancienne, mais le plan disparut au dernier moment. Jamais la sensation de me trouver dans le Futur — la Terre paralysée par une pandémie et une population de plus en plus repliée sur une existence virtuelle — le Futur tel que j’avais pu me le figurer vingt ou trente ans auparavant, lorsque, tout jeune, influencé par la science-fiction de Philip K. Dick, je me disais: « un jour tu vivras en 2020 et tu seras vieux et va savoir quelle figure aura alors le monde » — jamais la sensation de me trouver dans le Futur n’avait été aussi forte. En fin d’après-midi, je partis m’isoler seul au fond d’un parc obscur pour écouter Strange Valley de SIERRA — le disque contenant toute l’ivre noirceur, le « ô rage, ô désespoir » de ma lutte contre la dépression, portant en même temps les stigmates stupéfiants de notre époque — le disque parfait pour prendre de la MDMA et tout oublier — ou le disque parfait pour remplacer toute drogue. « Everything disappear… Hope… Reason… » Je me sentais lent, épuisé, et rêvais de caracoler au pas de course en écoutant cette darkwave, dans le même parc, dans une autre ligne de vie, sous un soleil de fin d’été. Je réécoutai quatre fois de suite le morceau « Desierto »: quelle saveur pouvait avoir un tel morceau dans des bras aimants, sur la piste de danse d’une fête underground? Je ne le saurais sans doute jamais. Je n’avais donc qu’à embrasser la nuit et cette lune haute, dilatée, éblouissante dans le ciel figé de glace et d’étoiles. Je n’avais même plus envie d’une nuit parisienne; le confort et les doutes d’une réunion en famille me suffisaient; je savais que mes frères désiraient ma présence. Peu avant minuit, nous assistâmes mi-consternés à une courte partie du concert virtuel et virtualisé de Jean-Michel Jarre sur BFMTV — ou Le Réveillon Est Un Jeu Vidéo — et ma sensation de vivre dans le Futur, pour de bon et pour toujours, atteignit son comble. Dans dix ans, l’espèce humaine serait réduite à des enclaves sinon éteinte. Je sortis fumer une cigarette, écrasé par la lune, me demandai dans les vapeurs du cointreau si Jean-Michel Jarre connaissait SIERRA et si SIERRA aimait Jean-Michel Jarre, dormis très mal, passai la première journée de l’année 2021 à l’arrêt, la ramasse, l’article de la mort, avec l’unique idée en tête de me transporter dans mon désert doré à moi — « Desierto » de SIERRA en bande sonore des souvenirs de ma vie passée en Amérique du Sud, celle où j’étais grand, où j’étais fort, où je ne connaissais pas encore la fatigue extrême de vivre; celle de l’Avant, celle de l’Amour — que devenait Christina? Mes contacts avec elle devenaient de plus en plus distants. Un mystérieux vent sec de nostalgie et d’espoir se mit à courir en moi.

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