Qui suis-je?

Je suis à la recherche d’une identité que j’ai perdue au cours des quatre dernières années. Entre mai et juillet 2017, et encore plus entre août 2018 et décembre 2019, j’étais quelqu’un d’autre, que je veux oublier — le Vincent Tristana hyper-maniaque, délirant à l’extrême, hospitalisé à de nombreuses reprises, traumatisant sa famille et ses proches; rétrospectivement une vision d’horreur. Entre août 2017 et juillet 2018, et durant pratiquement toute l’année 2020, j’étais à l’opposé dans le coma. J’ai alors, en contrepoint à toutes ces périodes, toujours en mémoire ce matin d’avril 2017 où, après avoir dormi chez Sarah, ma meilleure amie de l’époque, elle et moi avions fumé un joint à la terrasse d’un café avant qu’elle ne prît le chemin de son travail, avant que, remontant vers la Place de la République sous un soleil radieux en écoutant Sauver l’amour de Daniel Balavoine sur mon iPod, je ne réalisasse que presque jamais je ne m’étais senti aussi euphorique et optimiste. J’étais dans une belle hypomanie, mais les choses étaient encore contrôlables. C’est ce Vincent Tristana, positif, plein d’énergie, que j’aimerais retrouver, mettons: à la racine carrée et avec une bonne dose de désadolescence pour limiter les débordements. J’ai souvent le sentiment ces temps-ci de remonter vers cette époque, tentant de tout effacer sur mon passage dans le temps. Que puis-je réellement retenir des quatre années écoulées? Qui suis-je devenu? Qui suis-je encore? Qui deviendrai-je? J’ai pu parler d’une « crise d’adolescence » mais il est indéniable qu’il s’est agi de quelque chose de bien plus grave: une incontrôlable métamorphose qui aurait pu m’être fatale à de nombreux égards et de nombreuses manières. J’ai beau me dire: « je ne repasserai jamais par là », comment en obtenir la garantie? Impossible de prévoir, tant je sais de malheureuse expérience que mon trouble bipolaire peut être dramatiquement surprenant. Me lèverai-je un beau matin, dans un mois, six mois, un an, avec une torpille dans le derrière, incapable de tenir en place, dérangé par un excessif, vicieux et trouble enthousiasme — pris dans le piège du rebond maniaque? Serai-je alors assez lucide et téméraire pour me faire immédiatement hospitaliser avant que ne débute la chaîne des conneries irréparables? Dois-je ne pas y penser? Mais comment faire autrement? Me reconstruire, me reformater, pas à pas. Il me tarde de reprendre l’activité professionnelle — qui participera sans doute, si je suis suffisamment sorti de la dépression à ce moment-là, à ma « stabilisation » — je n’ose parler de « guérison » car ce ne serait qu’un leurre.

Quel horizon ainsi regarder sinon le printemps, sinon ce mois d’avril où une vie « normale » devrait se réouvrir à moi? Comment encore ne pas penser à l’ivresse que me provoquera — s’il a bien lieu; si mon état de santé me permet bien de m’y rendre — le concert de Suede, le 17 avril? Et encore? Trois mois, c’est à la fois très long et très court — que pourra-t-il s’y passer, de positif, de négatif? Je rêve d’une belle surprise, de quelque chose d’inattendu, qui viendrait rompre la monotonie d’un quotidien de fatigue et de doute.

Si le froid tend à me paralyser physiquement, je réalise que je lis, que j’écris presque tous les jours. Mon cerveau redevient peu à peu bien fonctionnel.

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