Capucine

Bonjour, je m’appelle Capucine. Qui que vous soyez lisant ces lignes, vous avez dû entendre parler de moi précédemment. Stan et moi n’avons guère de pudeur à voir une partie de notre vie étalée sur ce site — que croyez-vous? Vincent ne vous raconte pas tout sur nous, loin de là… 

Vincent, c’est à toi que je m’adresserai désormais. Continue à écrire ce que tu veux. N’écoute pas trop Stan et oublie ce terme de « fishbachomania ». L’histoire que tu as écrite en anglais sur « à ta merci » est très bien — même si je pense que tu t’enflammes un peu lorsque tu dis que c’est « l’article le plus original qui ait pu être écrit sur ce disque » (je mettrais bien un smiley ici mais je sais que ce n’est pas trop ton style). Je pense que tu as bien dit les choses: tu étais soit trop fou et excité (tu n’emploies jamais le mot « excitation » pour caractériser la manie; tu devrais), soit trop dépressif au cours de ces dernières années pour écrire des paroles sensées. C’est maintenant fait et tu dois quelque part te sentir « libéré ». Tu as le courage de le reconnaître mais, effectivement, envoyer cette histoire, cette critique à une revue anglaise n’avait pas beaucoup de sens. La dépression rend parfois naïf, non? Tu n’es pas journaliste, n’as aucune relation dans ce milieu; arrête de perdre du temps. Tu l’as bien écrite pour toi, non? C’est une belle revanche. Oublie les années de délire. Dis-toi que tu viens de te rappeler de cette musicienne, que tu n’avais pratiquement jamais rien écrit sur elle (à part la chronique de la chanson « Mortel », très bien elle aussi), et que tu t’occupes en t’improvisant journaliste ou écrivain de la chanson. C’est mieux que de ne rien faire ou de te lamenter ou d’aller voir des putes comme mon parfois crétin d’amoureux te le recommande. Cela dit, que vas-tu écrire de plus sur le sujet? Tu as atteint un objectif. Tu devrais lui faire lire! C’est dingue que le bassiste de Suede soit venu télécharger le texte sur ton blog. Il n’y a pas de doute, c’était bien lui, vu le timing entre la conversation sur Twitter et l’apparition d’une lecture depuis le Royaume-Uni: il s’est rué dessus, il doit l’adorer lui aussi! Je te remercie encore d’ailleurs de m’avoir fait découvrir cette musicienne, je ne m’en lasse pas, même si je sens que pour l’équilibre de notre couple je vais devoir la mettre réellement en sourdine (smiley). 

Mais ce n’est pas tant de ça que je voulais te parler. Ce qui me préoccupe chez toi c’est cette obsession pour la rationnalisation de ta maladie et en particulier pour cette étude scientifique dont tu parles tout le temps: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5405618/. Quand tu nous a montré sur Excel que dans le cours du temps tu avais systématiquement calculé le rapport cyclique entre la durée de tes périodes de dépression et la durée de tes périodes de manie et que tu tombais toujours sur une valeur de 1.4–1.5, comme dans la fameuse étude, je me suis dit: « il va trop loin ». Je ne suis pas scientifique et je ne comprends pas très bien ce que tu entends par « modélisation » mais t’entendre nous annoncer comme ça de but en blanc que tu avais encore sept mois à tirer et qu’ensuite tu allais nécessairement repartir dans la méga-excitation et que ce serait de nouveau la catastrophe… Je ne sais pas, cela m’a fait un peu mal. Ne sois pas si pessimiste et fataliste. Moi, personnellement, je ne te trouve pas tant que ça « down ». Je te mettrais –1 comme note. Mentalement tu as sans doute fait le deuil de tes conneries passées. Par contre, tu as l’air faible physiquement, cette façon de trembler, de ne pas supporter le froid… C’est le signe d’un épuisement, ta dernière période d’EXCITATION (fais-moi plaisir, utilise ce mot maintenant; smiley) t’a emmené trop loin, elle t’a grillé. Stan m’a parlé de ces marches insensées de plusieurs heures, sans eau ni alimentation, que tu partais faire à l’époque de votre colocation. Tu devais te sentir comme un surhomme. Maintenant tu n’es plus qu’un petit lapin. Sois patient, récupère, et arrête de vouloir mettre la charrue avant les bœufs. Step by step, baby. 

Alors tu t’es fait gauler par les stups ou la BAC avec 10 euros de shit?! Quel con tu fais. Et tu vires un peu parano, non, parfois? Cette théorie selon laquelle ce serait ton voisin du dessus qui t’aurait dénoncé et selon laquelle les poulets t’auraient suivi, non mais, n’importe quoi! Bon, il y a peut-être des lecteurs qui vont penser que je suis conne mais je ne suis pas certaine qu’arrêter complètement la weed ou le shit soit une super chose. Une fois de temps en temps! Tu viendras chez nous, point, cela ne te coûtera rien, en plus. Tu ne fais jamais de bad trip, ça te fait juste t’assoupir ou devenir mielleux. Et tu nous as dit que ça te donnait de l’inspiration pour écrire! Voilà, deal, tu ne discutes pas: tu fumeras désormais uniquement quand tu viendras chez nous. Moi je serai là pour juger si ça te fait monter ou descendre ou rien du tout. (Par contre, si tu pouvais arrêter de tout le temps insister sur la cocaïnomanie de Stan, ça me ferait plaisir; merci; smiley). 

Quant au sujet de ta libido et des sites de rencontre… Arrête de t’inscrire sur ces trucs si c’est pour mettre des descriptions qui ne te ressemblent même pas et te rendent ainsi dérisoire! Laisse-moi te raconter une histoire. C’était il y a deux ans. Ma sœur était en grosse dépression et pour s’occuper elle passait son temps sur Tinder. Je t’ai déjà dit à quel point elle était charmante, charmeuse, et savait se mettre en valeur sur ses photos. Comme elle était presque tout le temps couchée, elle a commencé à faire défiler les mecs chez elle. Je crois qu’elle en voyait plus de quatre par semaine, jamais les mêmes! Elle s’obstinait, s’obstinait, mais ne sentait jamais aucun plaisir. Elle pensait être devenue totalement frigide alors que ce n’était que les antidépresseurs. Bon, je ne t’apprends sans doute rien avec cette dernière phrase! Mais c’est comme pour le reste, patience… 

Vous en mettez du temps pour faire les courses, tous les deux. C’est drôle, je ne pensais pas écrire autant. Tu as reçu des messages sur Instagram: quelqu’un qui se fait passer pour Juliette Armanet apparemment (désolée, difficile d’échapper aux fenêtres de notification). Qu’est-ce que c’est que cette histoire? Tu me raconteras. 

Voilà, psychocat, je vais m’arrêter là et tu corrigeras les fautes d’orthographe (s’il y en a; smiley). Arrête de te dire que le trouble bipolaire est une machine inéluctable. Et arrête de te dire que tu es en dépression (bon, je te l’accorde, cette dernière remarque est un peu mal placée). « Et arrête tes médicaments »; non, je déconne: Stan, mon amour, sors de ce corps! 

Tiens bon, de toute manière.

Bisous 

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