Six mois plus tard…

Tristana…

Oh! Tristana!

Hhmm?

On avait convenu de marquer d’une petite pierre le coup. Tu as écrit une chronique?

De quoi parles-tu? 

Mais de ta Déesse, de ta renarde des Ardennes, voyons! Ne me dis pas que tu n’as pas écouté « Téléportation »? 

Si. Mais, tu sais, elle est loin cette époque où j’élaborais niaisement des modèles selon lesquels l’évolution de mon humeur pouvait être brusquement influencée par la sortie d’une chanson ou d’un album de Fishbach. Pas plus que l’écriture, la musique à elle seule ne peut guérir une dépression comme la mienne. Et puis, de toute façon…

De toute façon, quoi? 

Je n’aime pas « Téléportation ». Mylène Farmer imitant Juliette Armanet sur fond d’arpèges et effets à la Genesis période Nursery Crime, non merci, très peu pour moi. 

C’est ça ta chronique? De la part de quelqu’un à l’article de la mort, on ne va pas en demander trop, mais je te trouve un peu vache avec une artiste qui aurait pu te poursuivre en justice pour harcèlement et diffamation… C’est donc fini, fini, fini? 

J’attendrai la sortie de l’album et on en reparlera. But, yes, love is dead, baby. 

Imagine, si ça se trouve, elle flippe à l’idée que tu ne ressurgisses sur le net tel un monstre, comme en 2017, comme en 2018 et 2019. 

Oui, et bien, qu’elle dorme sur ses deux oreilles. Même si j’adorais « Téléportation », j’aurais à peine la force de l’écouter…  

Je ne dirai pas tout. Je ne parlerai pas d’elle(s); je ne parlerai pas d’eux. Pendant six mois, j’ai tenu la dépression en joue. À la clinique, où je restai deux mois au total, on m’appelait Forest Gump car j’avais choisi comme rite sisyphien quotidien de courir à n’en plus finir sur le chemin d’enceinte de l’établissement. Deux mois plus tard, je franchissais sans coup férir au terme de sentiers escarpés des cols à plus de 3000 m d’altitude dans les Alpes. Trois mois plus tard, presque enthousiaste, je reprenais le travail. Et puis, j’ai craqué. Une première fois. Une seconde fois. Et tous mes efforts me sont revenus de volte-face dans la gueule. Cela fait presque un mois que je suis en arrêt de travail. Cela fait presque un mois que, car dans l’impossibilité de m’assumer au quotidien, je vis reclus chez mon père dans un modeste pavillon de banlieue, comme il y en a des milliers, des millions, dans l’agglomération parisienne, à dormir quatorze ou quinze heures par nuit même sans somnifère, à me sentir comme un cancéreux en phase terminale, glissant chaque jour un peu plus dans l’invalidité psychomotrice, assisté H24, chaque acte, geste, respiration se révélant de plus en plus pénible. Où passerai-je les fêtes? 

J’aimerais détailler davantage la perte continue de sens et de poids dans mon existence, la fragilité de mon « destin ». J’ai cependant trop peu de force et d’inspiration; et est-ce que cela en vaut la peine? Presque deux ans de dépression profonde et résistante, je ne pensais pas suivre un tel chemin de calvaire le jour où j’ai commencé ce blog. Mon cerveau ne veut plus de la vie. Je suis à nouveau dans la zone de mort. Plus que jamais. Mais je vais raconter des petits trucs débiles pour finir. Je me suis acheté des Vans, des classiques, mi-hautes. C’est bien tout ce qui brille chez moi. Lorsque j’arrive à écouter de la musique, j’écoute systématiquement le dernier Marina, Ancient Dreams In A Modern World (que l’on ne se moque pas de moi!). Ah! Et puis, l’autre fois (non, s’il vous plaît, pas de rapport avec Marina…), j’ai arrêté mon traitement pendant deux jours, juste pour voir si je pouvais quand même m’offrir une petite fenêtre d’onanisme. Ça a marché (je ne donne pas de détail, tout le monde comprend)…

Ça va, ça va, Tristana, ne cherche pas non plus à te rendre plus pathétique que tu ne l’es. Un petit mot d’adieu pour Fishbach au cas où dans un moment d’égarement tu lui enverrais un lien vers cet article…

« J’t’aimerai quand même. » Fais-moi un procès, il n’y a pas encore prescription. Cela illuminera un peu ma vie. Ou me donnera du courage pour en finir. 

Tu délires complètement.

C’est normal, je déchire le fond. 

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